Et si quelques universitĂ©s se lançaient ensemble pour mettre en musique les prĂ©mices dâun cloud de confiance sur la base de dĂ©veloppements open source. Cette discussion, je lâai tenue avec plusieurs DSI, pas plus tard que cette semaine. Mais cela implique quoi en terme de cybersĂ©curitĂ© ? Je vous propose dâaborder ce sujet cette semaine dans cet Ă©dito. Bonne lecture - FrĂ©dĂ©ric Simottel
LâOpen source comme gage de souverainetĂ© numĂ©rique et pilier dâun cloud de confiance, lâidĂ©e nâest Ă©videmment pas sotte et chemine depuis un moment dans la tĂȘte de la nouvelle gĂ©nĂ©ration de dĂ©cideurs IT. Tout Ă fait conscients du retard pris par rapport aux grands acteurs amĂ©ricains. Ils sont de plus en plus Ă penser quâune autre voie âeuropĂ©enne- est encore possible, grĂące à ⊠lâopen source. Nous avons les compĂ©tences, un accĂšs aux technologies de logiciels libres, et une rĂšglementation europĂ©enne Ă venir qui devrait sous 5 ans aider Ă rĂ©viser les rĂšgles du jeu.
Il nous manque des financements massifs
Mais alors, depuis le temps que lâon en parle, pourquoi nây allons-nous pas ? En fait, pour que la recette prenne, il nous manque quelques ingrĂ©dients essentiels : des financements massifs, des entreprises prĂȘtes Ă jouer le jeu de la coopĂ©ration en termes de maĂźtrise de la dĂ©pendance, dâexigence environnementale, il faudrait Ă©galement une certaine immunitĂ© aux lois extra-europĂ©ennes, et ⊠un volet cybersĂ©curitĂ© prĂ©dominant. On le voit, sur lâensemble de ces points, lâopen source apparait clairement comme une solution. Elle nâest certes pas la seule mais pour peu que lâon rĂ©ussisse Ă y apporter des garanties de sĂ©curitĂ©, de rĂ©versibilitĂ© et de crĂ©ation de nouveaux modĂšles Ă©conomiques, cette voie peut ĂȘtre creusĂ©e. Au passage, elle peut ĂȘtre source dâattractivitĂ© pour les talents Ă©levĂ©s au bon grain du logiciel libre.
Les obstacles restent cependant nombreux comme celle liĂ©e Ă lâapplication du Cyber Resilient Act. Plusieurs organismes open source viennent dâailleurs dâadresser une lettre Ă lâUnion EuropĂ©enne affirmant que cette loi pourrait avoir un effet nĂ©faste et dissuasif sur le dĂ©veloppement de logiciels. Ils demandent donc Ă la Commission europĂ©enne de reconsidĂ©rer sa position. Des prĂ©cautions sont certes Ă prendre, mais attention Ă ne pas brider lâinnovation. Il est en effet loin lâĂ©poque oĂč lâon pouvait affirmer quâun logiciel open source Ă©tait par dĂ©finition plus sĂ©curisĂ© quâun logiciel propriĂ©taire-, La Fondation Linux a publiĂ© lâan passĂ© un rapport intitulĂ© The State of Open Source Security. Selon les 550 dĂ©veloppeurs et experts en cybersĂ©curitĂ© interrogĂ©s, un projet moyen de dĂ©veloppement applicatif contient en moyenne une cinquantaine de vulnĂ©rabilitĂ©s. La moitiĂ© des organisations sondĂ©e confient en outre ne pas avoir de politique de sĂ©curitĂ© open source. Les dĂ©veloppeurs logiciels assemblent du code existant Ă leur propre code, crĂ©ant de potentielles failles de sĂ©curitĂ©. A cela sâajoute le temps de correction des failles qui a plus que doublĂ© en 3 ans (49 jours en 2018 contre 110 jours en 2021).
DâoĂč la recommandation de la Fondation Linux de dĂ©finir et surtout de mettre en Ćuvre une vĂ©ritable politique de sĂ©curitĂ© open source ; et de dĂ©ployer tant que possible des tĂąches automatisĂ©es pour adapter leurs rĂ©ponses aux attaques.
LA TRIBUNE
Au cĆur du rĂ©acteur de la formation en cyber
Depuis lâavĂšnement de la disquette comme support dâĂ©change et de transmission de logiciels, les virus et autres malwares ont commencĂ© Ă circuler. Internet a servi de gigantesque amplificateur et accĂ©lĂ©rateur tandis que se âprofessionnalisaientâ les activitĂ©s de hacking, de plus en plus souvent rattachĂ©es Ă des Etats, dont elles complĂštent la panoplie dâoutils de guerre Ă©conomique. Quâil sâagisse dâattaque ou de dĂ©fense, les pays Ă la culture scientifique la plus dĂ©veloppĂ©e, notamment en mathĂ©matiques et en cryptographie, sont devenus des leaders dans le domaine, quâil sâagisse dâattaque ou de dĂ©fense. La Cyber est ainsi devenue un enjeu gĂ©opolitique et un terrain spĂ©cifique de conflits comme lâillustre la crĂ©ation de branches dĂ©diĂ©es dans certaines armĂ©es. ParallĂšlement, la possibilitĂ© dâutiliser certaines cryptomonnaies comme moyen dâobtenir des rançons a suscitĂ© lâintĂ©rĂȘt dâorganisations criminelles et leur financement.
Il manque 15 000 experts cyber en France
Les attaques se sont en effet multipliĂ©es tout en visant dĂ©sormais des infrastructures civiles, ce qui permet une mĂ©diatisation Ă grande Ă©chelle en vue dâaccroitre lâimpact sur les populations dont lâinquiĂ©tude est ainsi entretenue, comme en tĂ©moignent en France les paralysies successives dâhĂŽpitaux Ă Corbeil-Essonnes et plus rĂ©cemment Ă Versailles. Les gouvernements ont compris, souvent trop tard, lâenjeu dâintensifier et de structurer la dĂ©fense de ces infrastructures (hĂŽpitaux, centrales et rĂ©seaux dâĂ©nergie, âŠ) notamment lors dâĂ©vĂ©nements planĂ©taires tels que les prochains Jeux Olympiques. La pĂ©nurie de compĂ©tences souligne alors le dĂ©faut de prĂ©paration et de formation en quantitĂ© : on estime ainsi quâil manque environ 15âŻ000 experts cyber actuellement en France, selon une Ă©tude du cabinet Wavestone publiĂ©e en 2022. Ils seraient prĂšs de 4 millions dans le monde.
Prendre sa part est nécessaire dans ce contexte qui pose un triple défi : celui de la quantité de profils à former, celui des horizons de temps qui nous sont (im)posés, comme celui de leur diversité.
Les chiffres viennent dâĂȘtre rappelĂ©s. Ils font Ă©trangement Ă©cho Ă ceux du dĂ©ficit dâingĂ©nieurs que rappellent inlassablement des tribunes depuis plus de dix ans. DĂ©saffection pour les sciences, baisse du niveau des collĂ©giens et lycĂ©ens, fascination pour les mĂ©tiers dits « du tertiaire », difficultĂ©s dâune gĂ©nĂ©ration de lycĂ©ens qui ont du affronter simultanĂ©ment une crise sanitaire inĂ©dite par sa violence et sa durĂ©e, doublĂ©e dâune rĂ©forme du Bac ⊠sans oublier le fait que nous nous privons de la moitiĂ© dâune classe dâĂąge en nâencourageant pas les jeunes filles Ă envisager des carriĂšres scientifiques ailleurs que dans le domaine de la santĂ©. Les vocations naissent au CollĂšge et au LycĂ©e, mais peu de filles sâautorisent Ă en rĂȘver alors mĂȘme quâelles y excellent. Les stĂ©rĂ©otypes ont la vie dure, comme celui du sweet Ă capuche, dâautant que la plupart des savoirs et des mĂ©tiers en Computer Science restent mystĂ©rieux pour des conseillers qui nây ont pas Ă©tĂ© formĂ©s. Notre inculture collective sur ces sujets de Tech reste profondĂ©ment crasse chez nos dirigeants publics, et ce jusquâau sommet de lâEtat. Voici pour la quantitĂ©.
Changer les mentalités pour féminise les métiers cyber
La question de lâorientation soulevĂ©e prĂ©cĂ©demment nous rappelle cruellement Ă quel point la dĂ©mographie est inflexible tant son inertie est grande. Changer les mentalitĂ©s Ă lâĂ©chelle, en ce qui concerne la fĂ©minisation des mĂ©tiers de la Cyber, qui permettrait de doubler le vivier, prendra du temps : un Ă deux ans minimum pour former tous les conseillers dâorientation, qui doivent intervenir dĂšs le CollĂšge, suivis des annĂ©es sĂ©parant les Ă©tudiantes ainsi sensibilisĂ©es jusquâau Bac, puis de celles les sĂ©parant dâun diplĂŽme ou dâune certification en Cyber. Les formations post-bac Ă©tant de durĂ©e variable, leurs effets sur le marchĂ© du travail sâĂ©tendront de quelques semestres Ă 5 ans pour les diplĂŽmes dâingĂ©nieur. Tout ceci suppose bien sĂ»r que les investissements et les efforts engagĂ©s, qui sont massifs, ne soient pas remis en cause lors des mandatures suivantes, et que les responsables politiques assument de maintenir des dispositions dont ils ne rĂ©colteront pas les fruits visibles durant leur mandat, et dont ils ne pourront donc se fĂ©liciter du bilan. Voici pour la temporalitĂ©.
Redéfinir les bons profils dont nous avons besoin
Il faut enfin cartographier plus finement les besoins en cyber. Le champ est extrĂȘmement large, recouvre et combine des disciplines variĂ©es et complĂ©mentaires, qui vont du simple codage aux computer sciences, en passant par le design de systĂšmes dâinformation et la gouvernance dâentreprise, sans oublier la dimension juridique, la prĂ©vention comme la gestion de crise. Les profils ainsi recherchĂ©s couvrent une palette de disciplines et de degrĂ©s dâexpertise bien plus vaste que le Pentest, et des environnements professionnels qui dĂ©passent largement le cadre de nos agences civiles et militaires. Dans ce contexte notamment, il est utile de se souvenir que la premiĂšre ligne de dĂ©fense dâune entreprise est constituĂ©e de ses collaborateurs en place. Elle peut et doit ĂȘtre activĂ©e dĂšs Ă prĂ©sent, Ă travers des formations de reskilling et dâupskilling de collaborateurs qui ont lâimmense avantage dâĂȘtre dĂ©jĂ familiers de la culture de lâentreprise. La formation continue, lâExecutive Education sont donc un maillon indispensable de la chaĂźne de formation, qui prĂ©sente lâavantage de pouvoir ĂȘtre activĂ© immĂ©diatement et de produire des rĂ©sultats plus rapidement. Câest pour cela que nous nâavons pas attendu.
Depuis 1984, lâEPITA est connue et reconnue pour former aux Computer Sciences, en accueillant les Ă©tudiants post-bac en cycle prĂ©paratoire intĂ©grĂ©, rejoints ensuite en cycle ingĂ©nieur par des Ă©lĂšves de classes prĂ©paratoires aux grandes Ă©coles. La pĂ©dagogie de lâEPITA ne ressemble Ă aucune autre et sâappuie sur une philosophie fondĂ©e dĂšs lâorigine sur le «âŻfaire par soi-mĂȘmeâŻÂ». Construite sur une infrastructure inĂ©dite Ă cette Ă©chelle (plus de 700 machines rĂ©parties dans 5 campus et totalement synchronisĂ©e, elle dĂ©marre avec la Piscine â inventĂ©e Ă lâEPITA â en premiĂšre annĂ©e de cycle ingĂ©nieur, suivie durant lâannĂ©e de projets en groupe de plus en plus complexes qui assurent une montĂ©e en puissance et permettent la maĂźtrise fine d'une demi-douzaine de langages de programmation. Câest en quatriĂšme annĂ©e que nos Ă©tudiants choisissent alors leur spĂ©cialitĂ©, dont la cĂ©lĂšbre Majeure SRS (SystĂšmes, RĂ©seaux et SĂ©curitĂ©), qui conduira certains dâentre eux vers la Commandement de la cyberdĂ©fense, lâANSSI, ou la communautĂ© du renseignement.
Si les enjeux de formation sont fondamentaux, les enjeux Ă©thiques le sont tout autant. Nous sommes une des trĂšs rares Ă©coles oĂč les Ă©tudiants sont formĂ©s Ă lâattaque : vous dĂ©fendrez dâautant mieux une infrastructure si vous avez appris Ă vous mettre dans la tĂȘte de lâattaquant. Tout cet apprentissage de lâattaque est encadrĂ© par une formation extrĂȘmement poussĂ©e aux rĂšgles juridiques et comportementales dâengagement : la tentation pour un Ă©tudiant de 20 ans est grande dâexploiter les failles quâil a repĂ©rĂ©es. Notre responsabilitĂ© est donc de leur faire comprendre Ă quelle point la confiance en cyber est asymĂ©trique. Il faut des (dizaines) dâannĂ©es pour la construire, et un seul clic pour la dĂ©truire Ă jamais.
Ce travail porte ses fruitsâŻ! L'Ăcole a accueilli pour la premiĂšre fois en 2022 âLocked Shieldsâ, un des exercices de cyberdĂ©fense les plus importants au monde : depuis 2010, sous lâĂ©gide de lâOTAN, LockedShields mobilise plusieurs milliers dâexperts de dizaines de pays de lâOTAN dans une simulation dâune attaque cyber de grande ampleur visant les infrastructures dâun Ătat tout entier. Cette annĂ©e encore lâEPITA a Ă©tĂ© choisie pour hĂ©berger les 150 participants de lâĂ©quipe de France, membres du Commandement de la cyberdĂ©fense, de lâANSSI et de VIGINUM. Pour la premiĂšre fois sont associĂ©s Ă cette Ă©quipe 4 Ă©tudiants de la Majeure SRS.
Il y a de la place pour tous sur ce marché, qui exige en revanche une qualité et une exigence de formation à la hauteur des enjeux.
âLa Cyber, beaucoup en parlent, peu en font. Ă lâEPITA nous les formons.â
Philippe DEWOST
Directeur Général EPITA
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Les chiffres de la semaine
16 jours en 2022, contre 21 en 2021, telle est la durĂ©e moyenne de prĂ©sence dâun attaquant sur votre rĂ©seau â ce que lâon appelle le Dwell time. Cela continue de baisser au fil des ans selon les indicateurs du rapport M-Trends 2023, menĂ© par Mandiant Consulting (filiale Google).
41% dâattaques en plus chaque semaine via les appareils IOT en 2022 par rapport Ă 2021. 54% des entreprises sont touchĂ©es Ă plus ou moins grave Ă©chelle. Beaucoup de chiffres intĂ©ressants dans le rapport Check Point Quantum IoT Protect qui vient dâĂȘtre publiĂ©.
A ne pas manquer sur le web
Les guides dâaide Ă la gestion des attaques cyber tant dâun point de vue technique et opĂ©rationnel que stratĂ©gique. LittĂ©rature trĂšs trĂšs utile et pour laquelle on peut fĂ©liciter les Ă©quipes de lâAnssi.
La cyber au cĆur de la nouvelle loi de programmation militaire (LPM) avec un budget de 4 milliards d'euros. - Article de Pascal Samama, spĂ©cialiste de la rubrique âDĂ©fenseâ sur BFM Business
Lâattaque menĂ©e sur les sites et applications de MĂ©tĂ©o-France - Article de Lucie Lequier sur Tech&Co
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