Europol n’hésite pas à parler d’une victoire majeure contre la cybercriminalité organisée, suite à l’arrestation d’un homme soupçonné d’appartenir au gang de pirates informatiques Ragnar Lockner. Interpellé à Roissy en région parisienne il y a à peine quelques jours, le suspect a été placé en détention provisoire avant d’être présenté à des magistrats. Son domicile en République Tchèque a été perquisitionné. Belle opération pour la coopération policière cyber internationale, reste maintenant à voir la suite qui sera donnée par la justice. Cette dernière se montre souvent un peu moins réactive dès qu’il s’agit d’affaires pénales liées à la cybercriminalité….—Frédéric Simottel
« J’espère que cette série d’arrestations envoie un message fort aux opérateurs de ransomwares qui pensent pouvoir continuer leurs attaques sans conséquences », a indiqué Edvardas Seleris, directeur du centre européen de lutte contre la cybercriminalité d’Europol. Une déclaration qui fait suite à l’opération d‘ampleur menée par ses services contre le gang de cyberpirates Ragnar Locker le 16 octobre dernier.
« J’espère pour ma part que cette affaire envoie également un message fort aux instances judiciaires européennes afin qu’elles se donnent les moyens d’agir plus rapidement et plus efficacement ». Pourquoi ? parce que notre justice est sous-dimensionnée par rapport à la menace cyber (citoyens, organisations et entreprises).
Prenons l’exemple de tout ce qui a été écrit autour de l’arrestation de certains membres du gang Ragnar Locker. Repéré en 2019, ce groupe criminel s’est signalé à de nombreuses reprises, attaquant notamment le transporteur CMA-CGM en septembre 2020 ou plus récemment le gazier grec Desfa. Extorquant et rançonnant ses victimes, Ragnar Locker poussait en outre le vice à ne pas divulguer les données sensibles volées. Il a enfin été stoppé. Cinq autres complices présumés du hacker interpellé ont été interrogés en Espagne et en Lettonie.
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Dans le même temps c’est toute une infrastructure technique qui a été saisie aux Pays-Bas, en Allemagne et en Suède et le site web associé a été lui-même supprimé. Une opération de police qui prend racine en 2021 lorsque deux pirates de premier plan ont été arrêtés en Ukraine suite à une enquête menée par le FBI et la gendarmerie française. La France avait alors insisté (Sic) auprès de l’Unité de coopération judiciaire de l’Union Européenne (Eurojust) pour ouvrir une enquête.
De la difficulté à saisir la justice dès qu’il s’agit de cybercriminalité
Une démarche qui prouve trois choses. Un : la qualité du travail technique et la persévérance des enquêteurs cybers européens ; deux : les bénéfices d’une collaboration internationale lorsque celle-ci est bien orchestrée. Trois : la difficulté à saisir la justice dès qu’il s’agit de crimes commis en ligne. C’est bien là que le bât blesse. La justice européenne manque de réactivité en la matière. Relisons ce qui a été écrit plus haut : « … La France a insisté… »… Insisté…et oui.
Si la compétence de nos forces de police et gendarmerie cyber s’améliorent, il est par contre de plus en plus clair que les effectifs judiciaires en France sont totalement sous-dimensionnés en matière de cybercriminalité. Et que dire à l’échelle internationale où les procédures sont très, très… très longues.
Des décisions de sanctions qui ne remontent pas jusqu’aux juges
Les promoteurs de la loi SREN (Sécurité et Régulation de l’ Espace Numérique) l’ont d’ailleurs bien compris en donnant le pouvoir à l'Arcom. Selon les délits, le gendarme du numérique aurait ainsi directement la possibilité de prendre des sanctions sans devoir passer par un juge.
Choix assez clairvoyant. En effet, je ne connais pas exactement le nombre de magistrats judiciaires dédiés sur le sujet de la cybercriminalité pour la seule région parisienne, mais je crains que nous ne les comptions sur les doigts d’une main. Entre les procédures -nécessaires- de vérification, de conformité, il est acté que la justice ne peut pas aller à la vitesse d’internet. Et même si nous avons besoin de cet équilibre accusation/défense afin d’évaluer le contradictoire, il faut trouver d’autres solutions pour sanctionner plus vite.
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