Nouvelle cyber-attaque sur le site d’une grande entreprise. Tout est bloqué depuis 3 jours me glisse son RSSI. Plus de messageries, plus de service clients et un système de facturation qui se poursuit à la main. Cette information aurait fait la Une de nos médias il y a encore quelques moi. Aujourd’hui, c’est une information dans notre fil d’actualités. Que s’est-il passé ? pourquoi cette banalisation alors que le risque n’a jamais été aussi grand… - Frédéric Simottel
Les rapports hebdomadaires et autres statistiques nous le confirment. Les cyber-attaques s’intensifient. Plus un jour ne se passe sans qu’un ransomware ne vienne frapper une PME, un artisan, une collectivité, un centre de soins, cabinet d’avocats ou la filiale d’un grand groupe. Tous secteurs confondus, personne n’est épargné par les stars du domaine Wannacry et NotPetya ou par de plus anonymes… Derrière se cachent souvent les gangs parmi lesquels figurent les Lockbit, Conti, Egregor et autres bandes de voyous numériques du même acabit.
Encore trop d’entreprises paient la rançon
Comment s’en sortent leurs victimes ? Malgré les consignes des autorités, encore trop d’entreprises paient la rançon pour tenter de récupérer leurs données ou redémarrer au plus vite leur système d’information ; nourrissant davantage les réserves financières des pirates. Certains de leurs experts-conseils sont même passés maîtres dans l’art de négocier avec les hackers – comme dans les films. Problème, nous ne sommes pas dans un film et tout le monde semble se soumettre à cette nouvelle normalité que d’être une cible potentielle et de voir son entreprise paralysée. « C’est comme si le ransomware était devenu le « new normal » », me glisse un RSSI. Ce qui ne tue pas rend plus fort ! Est-ce vraiment cela la nouvelle doctrine ? Se préparer au mieux de ses capacités financières et ressources techniques puis, si l’attaque survient, se résigner, subir, courber l’échine telle une nation occupée par un envahisseur; résister en silence en attendant des jours meilleurs. Ce que confirme a priori un article de la Lettre A qui souligne que les agences régionales de l’Anssi sont très peu sollicitées.
Cet état d’esprit est terrible. Des entreprises peuvent disparaître en se comportant ainsi. La situation ne peut que dégénérer entraînant dans son tourbillon des hommes et des femmes. Ce « new normal » peut même briser les ailes de ceux qui veulent s’en sortir. Des RSSI me confirment que malgré les pics de plus en plus progressifs des attaques, les budgets cyber ne suivent plus.
Ne plus banaliser les attaques
Nous-mêmes médias avons notre rôle à jouer et ne devons plus banaliser ces attaques. Certains d’entre-nous continuent certes à informer et prévenir au quotidien, mais ils s’adressent à un public de professionnels, encore trop restreint.
Il est temps de tous se reprendre. Appliquer les contre-mesures contre les risques avec plus de ferveur et amplifier les actions de formation et de sensibilisation du Comex aux collaborateurs les plus modestes, du public au privé, investir, innover. S’entraîner, anticiper les attaques qui vont encore se déployer au cours des mois et années à venir, jusqu’à un jour trouver une sorte de cyber-élixir.
Chiffres et études
Des ressources financières, technologiques et humaines parmi les plus limitées d’Europe.
Selon une étude réalisée par Trellix auprès de 500 CISO Français, la France est le pays d’Europe qui consacre le plus petit pourcentage de son budget IT à la cybersécurité. 62% des consacrent seulement 10 à 20% de leur budget IT à la cybersécurité, tandis que la majorité des entreprises européennes y consacrent entre 20 et 30%. 40% des entreprises sont à moins de 10 solutions individuelles contre une moyenne de 20% en Europe. 1 Ciso sur 2 (48%) cite enfin la pénurie de compétences comme son plus grand défi, contre 39% pour l’ensemble des pays d’Europe.
Comprendre la différence entre EDR, SIEM, SOAR et XDR.
Pour ceux qui se posent encore la question ou qui veulent l’expliquer simplement. Une explication proposée par SentinelOne assez didactique
LA TRIBUNE
Cybermenaces : Prévenir plutôt que guérir
Qui se souvient des premières cyberattaques ? Difficile à dire car certaines remontent jusqu’en 1974. Tandis qu’elles étaient plutôt le fait de jeunes geeks en mal de notoriété, ceux qui les orchestrent aujourd’hui ont des profils aussi divers que les motivations qui les animent : d’un côté, les pirates informatiques engagés politiquement ou idéologiquement, de l’autre les cybercriminels - de loin les plus nombreux – dont la pratique préférée consiste en de l’extorsion de fonds via différentes formes de ransomware, ces logiciels malveillants qui verrouillent les données informatiques avant que leurs auteurs n'exigent une rançon pour les rendre à nouveau accessibles.
Outre les ransomwares de type crypto, locker et doxware, on en trouve également de type DDoS (Distributed Denial of Service - déni de service distribué). Les attaquants menacent alors un site web ou un réseau d’une attaque DDoS, à moins qu’un paiement ne leur soit effectué. Ces attaques ne provoquent pas seulement d’importantes interruptions de service. Elles ont un impact négatif tangible sur l’activité et l’image de l’organisation ciblée. Lorsqu’elles visent des infrastructures critiques telles que les systèmes de transport, de télécommunications, d’eau, d’énergie ou de santé, elles peuvent engendrer d’importantes répercussions pour celles et ceux qui en dépendent. Ainsi, récemment, un certain nombre de nos institutions publiques ont été prises pour cible.
L’art de connaître son ennemi
Pour prévenir les attaques DDoS, les organisations doivent connaître leur fonctionnement. Un site web qui serait hors ligne ou lent à répondre aux requêtes sans qu’aucune maintenance n’ait été planifiée est un signe suspect. Les journaux d’un serveur web d’origine contenant des requêtes étrangères au comportement habituel des visiteurs ou des pics inattendus dans les requêtes ou la bande passante en sont d’autres.
Malheureusement, les solutions de protections traditionnelles à base de boîtiers ne sont plus adaptées à ces nouvelles formes d’attaques. C’est pourquoi il est essentiel que les organisations s’assurent d’avoir un environnement informatique constamment mis à jour. Afin de protéger les instances sans menacer le trafic légitime, des outils efficaces s’appuient sur un ensemble de règles préconfigurées pour identifier les modèles et outils d’attaque connus, les modèles suspects, le trafic excessif touchant l’origine/le cache, les violations de protocole, les requêtes provoquant un grand nombre d’erreurs d’origine et les vecteurs d’attaque supplémentaires dans la couche applicative.
L’arbre qui cache la forêt
Outre la protection contre les attaques DDoS, les organisations doivent également mettre en œuvre des services dits Zero Trust car bien souvent, les cybercriminels attaquent sous plusieurs angles. Par exemple, une attaque DDoS peut être menée pour en dissimuler une autre. Tandis que les équipes de sécurité sont mobilisées pour faire face à l’attaque DDoS, la véritable attaque a lieu, par exemple via une injection de code SQL.
Les clients qui ont adopté les technologies Zéro Trust expliquent que le rayon d’action d’une attaque réussie devient beaucoup plus étroit, ce qui permet un retour plus rapide à la normale. Par ailleurs, une architecture Zero Trust va contribuer à empêcher les ransomwares de se propager au sein du réseau. Enfin, une solution de protection des e-mails (anti-hameçonnage) intégrée à une technologie Zero Trust et étendue aux services d’intelligence artificielle générative permet de protéger les collaborateurs comme l’entreprise.
Au-delà des solutions techniques, les organisations devraient mettre en place une culture de travail non culpabilisante qui incite les collaborateurs à signaler sans crainte les erreurs pouvant conduire à une attaque ou à une brèche.
S’il est clair que les cyberattaques vont continuer à proliférer et se sophistiquer, les moyens pour les contrer existent. Subir une attaque n’est plus une fatalité. Le triptyque gagnant pour une stratégie de cybersécurité est simple : protéger les applications, les réseaux, et les collaborateurs, et ce de manière totalement intégrée.
Boris Lecoeur,
Directeur Général France • Cloudflare
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