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💻 Boeing, l’exemple à suivre… enfin presque

La lettre de Frédéric Simottel n°30

BFM Business Cybersécurité
5 min â‹… 15/11/2023

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Nouvelle affaire cyber chez Boeing. 4 ans après Wannacry, ce sont plus de 50 Go de donnĂ©es qui viennent d’être rendues publiques sous la forme d’archives compressĂ©es et de fichiers de sauvegarde. Le vol de donnĂ©es daterait du mois d’octobre et a fait l’objet de pressions de la part du gang d’origine russe Lockbit. Ce dernier a exigĂ© une rançon. « Aucune donnĂ©e volĂ©e ne porte atteinte Ă  l’intĂ©gritĂ© des avions, ni Ă  leur sĂ©curitĂ© en vol Â», affirme Boeing qui a fini par admettre le piratage, Ă  se raisonner et Ă  refuser de payer. Un geste saluĂ© par toute la profession.—FrĂ©dĂ©ric Simottel

Ne surtout pas payer de rançon ! Tel est le conseil donnĂ© et rabâchĂ© par tous les experts en cybersĂ©curitĂ© dès qu’il s’agit d’une affaire de ransomware. Exemple avec Boeing empĂŞtrĂ© en octobre dernier dans une cyberattaque. L’industriel a tenu bon… Enfin presque. S’il s’est drapĂ© dans son costume de victime incorruptible, refusant de payer une rançon pour rĂ©cupĂ©rer ses donnĂ©es, et bravant de fait la divulgation publique de certaines de ses donnĂ©es confidentielles, le constructeur n’a toutefois pas toujours tenu le mĂŞme discours au cours de cette affaire.

Des négociations avec les pirates auraient été entamées

Tout a dĂ©marrĂ© fin octobre lorsque des experts cyber ont repĂ©rĂ© des fichiers liĂ©s Ă  Boeing annotĂ©s sur le dark web, dans la bibliothèque du gang de pirates Lockbit. L’affaire ne suscite alors aucun commentaire de la part de Boeing. Ces mĂŞmes fichiers ont ensuite disparu du site le 28 octobre pour au final rĂ©apparaĂ®tre le 2 novembre. Ce jour-lĂ , ce sont 50 Go d’informations, sous la forme de fichiers compressĂ©s, qui ont Ă©tĂ© rendus publics par les pirates ; Boeing confirmant l’attaque dans la foulĂ©e. Pour les spĂ©cialistes, cela ne fait aucun doute, cette disparition puis rĂ©apparition des fichiers sur le dark net est bien le signe qu’une nĂ©gociation aurait Ă©tĂ© entamĂ©e entre les deux parties. La publication des fichiers prouve ensuite que la transaction a bel et bien Ă©chouĂ©. Boeing s’est refusĂ© Ă  tout commentaire.

Une partie de poker menteur

Ce qui est intéressant dans cette affaire est d’essayer de comprendre le déroulé des opérations et de voir la partie de poker menteur qui s’est joué. Dès les premières annotations des fichiers volés dans la bibliothèque de Lockbit, Boeing a du se rendre compte que cela ne portait pas sur des informations critiques tels que des brevets de propriété intellectuelle, d’éventuels secrets industriels ou commerciaux, des informations financières sensibles ou pire des données sur le fiasco du modèle 737 Max. Or, quand ils volent des données pour réclamer une rançon et qu’ils abattent leurs premières cartes, les pirates préfèrent souvent jouer la qualité plutôt que la quantité. S’ils avaient fait remonter ne serait-ce que 5 Mo de données critiques, l’affaire aurait sans doute pris un autre tournant. C’est à partir de ce constat que Boeing a décidé de jouer la montre.

DĂ©jĂ  atteint par le virus Wannacry en 2019, Boeing n’en est pas Ă  sa première dĂ©convenue cyber. L’industriel figure parmi les cibles privilĂ©giĂ©es des hackers du monde entier et sa division sĂ©curitĂ© est sans doute l’une des toutes meilleures au monde. Chiffrage de donnĂ©es, outils de dĂ©tections, de rĂ©ponses aux incidents en tout genre sont dĂ©ployĂ©s au niveau des infrastructures les plus critiques tant pour Boeing que pour les connexions avec ses sous-traitants. CĂ´tĂ© humain, les droits d’accès de chacun font l’objet d’enquĂŞtes rigoureuses. Et si un vol d’envergure arrivait, ce serait sans doute davantage dĂ» Ă  une « malveillance Â» interne que le fruit d’une cyberattaque ultrasophistiquĂ©e. Mais comme le risque zĂ©o n’existe pas, les limiers de Boeing se sont donnĂ© 4 jours pour mener leur enquĂŞte.

Aucune menace sur l’intégrité des avions ou la sécurité en vol

Au niveau technique, des captures d'écran montrant des logs Citrix, ont conduit à des spéculations selon lesquelles LockBit aurait exploité Citrix Bleed pour s'introduire dans les systèmes de Boeing. Ce dernier s’est pour le moment refusé de commenter sur ce point.

Concernant le contenu volĂ©, Boeing a toutefois confirmĂ©  que « ni l’intĂ©gritĂ© des avions, ni leur sĂ©curitĂ© en vol ne sont menacĂ©es Â». Ce que confirment les analyses des premiers fichiers dĂ©voilĂ©s parmi lesquels figurent des informations financières, marketing et des donnĂ©es techniques peu critiques, des bribes de contrats de sous-traitances et des Ă©changes de mails au sein de l’activitĂ© pièces et distributions. Autant d’informations sans doute inutiles : des copies infinies d'e-mails sans signification, des plans pĂ©rimĂ©s ou erronĂ©s et des sauvegardes logicielles sans fin et sans signification, dont certaines stockĂ©es pour des raisons lĂ©gales. Et Ă  supposer que des donnĂ©es plus intĂ©ressantes puissent ĂŞtre cachĂ©es dans ses fichiers, le temps de les dĂ©chiffrer, elles seront obsolètes. On le rĂ©pète, ce genre de violations est le plus souvent plus quantitatif que qualitatif. Ce n'est pas comme cambrioler une maison oĂą le voleur peut rapidement Ă©valuer les objets pour dĂ©terminer ce qui est prĂ©cieux et ce qui ne l'est pas.

Pour la suite, il reste toutefois à rebalayer l’ensemble des SI de Boeing pour nettoyer toute trace suspecte et surtout à bien étudier le mode opératoire des hackers pour être certain qu’ils n’agiront pas par rebond chez l’un des partenaires.

Pour info, en 2023, Lockbit a été repéré dans plus de 800 entreprises, tout récemment encore, ils ont pénétré le système de l’ICBC (Industrial and Commercial Bank of China) grande institution financière chinoise. Entre janvier et juin 2023, le gang aurait récolté plus de 91 millions de dollars de rançons.

Payer sans être certain de retrouver ses données

Et rappelons-le, plus que jamais, l’attitude Ă  avoir dans ce type d’attaque est de ne pas payer. Premièrement : parce que la victime n’est jamais certaine de retrouver ses donnĂ©es. Deuxièmement : en payant, on devient quelque part complice du financement d’une activitĂ© criminelle ; on dĂ©voile son point faible si une nouvelle attaque se prĂ©sente et on incite presque les pirates Ă  recommencer. Troisièmement, l’argent ainsi mal dĂ©pensĂ© serait mieux investi dans le dĂ©ploiement d’une nouvelle architecture plus rĂ©siliente. Je sais, facile Ă  dire, car sur le terrain la rĂ©alitĂ© est souvent difficile Ă  vivre, mis sous pression par les pirates, inquiets du devenir de l’entreprise, etc… il n’empĂŞche.

A chaque attaque par ransomware, l’attitude doit bel et bien ĂŞtre ferme : ne rien verser ; et cela, mĂŞme si l’entreprise a souscrit une police d’assurance Ă  cet effet. Il est fini le temps oĂą les assureurs jouaient un rĂ´le ambigu, s’engageant Ă  rembourser les frais engagĂ©s pour payer la rançon, voire pour rĂ©parer une partie des dĂ©gâts.

...

BFM Business Cybersécurité

Par Frédéric Simottel

Frédéric SIMOTTEL, est éditorialiste High-Tech sur BFM BUSINESS et BFMTV. Il est également rédacteur en chef de l’éditorial de l’ensemble des évènements organisés par BFM Business (BFM Awards, Grands prix de l’accélération digitale, hors séries BFM, etc). Il présente aussi chaque week-end sur BFM Business les émissions « Tech & Co Business », un programme sur la transformation numérique des entreprises, « BFM Stratégie », un cours sur la stratégie des entreprises avec Xavier Fontanet, ancien PDG d’Essilor. Il traite également des sujets high tech chaque jour dans les journaux de l'antenne et intervient quotidiennement dans l’émission du soir « Tech & Co » sur BFM Business. Il intervient enfin sur BFM TV & RMC sur les sujets liés aux technologies. Ingénieur télécoms et réseaux de formation, ce journaliste spécialisé occupe depuis plus de 28 ans une position privilégiée en tant qu’observateur du marché high-tech. Parmi ses sujets de prédilection figurent la stratégie digitale des entreprises, l’évolution de l’écosystème IT, la cybersécurité, l’univers des startups et plus globalement les changements provoqués par l’innovation numérique (IA, Cloud, Infrastructures IT et réseaux, télécoms, mobilité, électroniques embarquée, quantique, etc). Autant de sujets dont ils se fait l’écho sur les différents canaux du groupe Altice Media (Web, TV, radio et évènements). Il intervient enfin depuis de nombreuses années en tant que keynote speaker ou animateur lors d’évènements portant sur l’innovation, le business et les technologies numériques.

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